FEMINICIDES EN FRANCE , LE FUNESTE RECORD 2019

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Réduites à un simple nombre ,150 , nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex conjoint en France en 2019 contre 121 femmes en 2018 . Il y a un mot pour cela, même si notre exécutif ne veut pas l’entendre: Féminicide.

Soit 12,5 femmes/mois , 3 femmes/semaine .

Les violences conjugales , sujet sociétal qui commence tout juste à émouvoir quelque peu notre société et très peu notre gouvernement .Il n’y a pas de violences physiques sans violences psychologiques. Pour autant, la justice les dissocie tant dans la qualification des faits que dans les sanctions pénales encourues. Je ne m’étalerais pas sur ces dernières sinon vous citer cette première phrase sur ce que nous dit la loi : “dans le cas de « violences légères et isolées » , le procureur de la République peut décider de ne pas poursuivre l’auteur devant un tribunal ” .

Je pose la question : A partir de combien de coups , combien de crises violentes, une victime est elle victime et son auteur coupable ? Ne nous dit-on pas “partir dès la première gifle?, dès les premières injures ?”. Comment un auteur de violences conjugales peut-il conscientiser la gravité de son comportement si la justice elle même la minimise ?.

A titre d’exemple (derniers chiffres officiels) : 112 000 victimes de violences, commises par leur partenaire ont été enregistrées par les services de police ou de gendarmerie en 2017.

Près de 70 000 auteurs présumés ont été impliqués dans des affaires de violences entre partenaires traitées par les parquets en 2017 .

Seuls 23 000 ont fait l’objet de poursuites .

Seulement 17 600 auteurs ont été condamnés pour des violences sur leur partenaire ou ex partenaire , 96 % sont des hommes .

Quelques exemples de condamnations : 

Le 26/10/2019 , un homme menace et étrangle sa compagne devant leur fille de 3 ans : condamné à 6 mois de prison avec sursis !

 Le 02/10/2019 , il harcèle son ex conjointe et ses enfants , fait de sa vie un enfer : condamné à 8 mois de prison avec sursis !

 

Le 30/09/2019, un homme condamné à 9 mois de prison mais pas de mandat de dépôt ( pour lui laisser une chance, certainement celle de la tuer la prochaine fois) pour violences en récidive sur son ex compagne !

 

En février dernier, une femme dépose 5 plaintes pour violences conjugales, une seule sera retenue et vaudra à son agresseur un simple rappel à la loi !

Le Grenelle :

Le 25 novembre dernier, (jour dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes ), clôture du Grenelle contre les violences conjugales comportant 3 axes principaux : Prévenir / protéger et prendre en charge / punir pour mieux protéger. 30 mesures annoncées parmi lesquelles 1 000 places d’hébergement (250 places créées dans des centres d’hébergement/750 places bénéficiant de l’allocation logement temporaire) pour 219 000 femmes majeures déclarant avoir été victime de violences physiques et/ou sexuelles (derniers chiffres connus) .

Mise en place d’un dispositif électronique “anti-rapprochement” dans les 48 heures après le prononcé de la mesure dans le cadre d’une ordonnance de protection ou d’un contrôle judiciaire .

Lancement d’un audit de 400 commissariats et gendarmeries (j’en déduis qu’il faille habiter dans la bonne ville ). Possibilité pour le juge pénal de suspendre ou d’aménager l’exercice de l’autorité parentale, suspension de plein droit de l’autorité parentale en cas de féminicide dès la phase d’enquête ou d’instruction .

Mon engagement :

J’ai fait de cette lutte mon combat dans mon département de résidence, j’ai écrit une lettre à Mme SCHIAPPA, secrétaire d’état chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, dans laquelle je dressais ce triste constat ; m’interrogeant sur l’efficacité de ses actions. Lettre restée sans réponse jusqu’à ce jour.

J’ai établi un rapport que j’ai pu transmettre à la députée ( LREM ) de mon département, Mme Perrine Goulet, faisant un bilan de l’année, reprenant chiffres officiels et sanctions pénales, réflexions personnelles et 8 mesures que je lui soumettais. Cette dernière a pris contact avec moi. Nous avons pu échanger sur le sujet, et à mon grand regret ce n’est resté qu’un échange. Mon “non positionnement” politique ne pouvant servir les intérêts du parti, je suppose, que ce n’était que pure complaisance .

Quelques unes de mes propositions :

Parmi mes diverses propositions, je souhaitais rendre “l’ex victime” de violences conjugales, actrice à tous les niveaux de la lutte. Tant auprès des élus tels qu’ils soient, afin de comprendre le fonctionnement de l’auteur, mais aussi les besoins des victimes afin de mieux cibler leurs propositions et répondre à une réalité ; que de rendre toute la légitimité aux récits de victimes conjugales lorsque ces dernières trouvent enfin la force et le courage de déposer plainte.

Créer des brigades spéciales formées dans tous commissariats et toutes gendarmeries, impliquant au moins une ex victime de violences conjugales, formée elle aussi, basé sur le volontariat ( et non bénévolat), pour plusieurs raisons :

« Réinsérer » la victime avec elle même et socialement ; qu’elle puisse à nouveau se faire confiance, savoir qu’elle est “capable de”. Les récits de ces violences dépassent souvent l’entendement et rendent incrédules les personnes qui n’y ont jamais été confrontées. Tout le monde n’est pas capable de les entendre et de comprendre. Assimiler systématiquement les violences psychologiques aux violences physiques .

Agir dans l’urgence, c’est à dire dès l’appel des secours, placer l’auteur immédiatement en détention, ce qui permettrait à la victime de rester dans son logement, de conserver son travail, et ne pas bousculer encore plus la scolarité des enfants .

Prioriser notre système éducatif en intervenant dans les écoles et que cela ne soit pas à la charge des enseignants, de manière à éradiquer nos codes sociétaux encrés depuis des décennies dans notre mode de fonctionnement. Ne plus oublier les enfants, victimes collatérales directes. N’oublions pas que nos enfants d’aujourd’hui seront notre société de demain ..

Je ne vous les énumérerai pas toutes, simplement quelques bribes à titre indicatif .

Réflexion :

Je ne peux cependant m’empêcher de m’interroger sur l’intérêt de “promouvoir” la victime , et ne jamais parler de l’auteur, le fait que malgré les lois, ce soit la victime qui dans la majeure partie des cas perde tout .

La légèreté des peines, cette réinsertion pour les auteurs et rien pour les victimes ou si peu … Les victimes de violences conjugales ne contribueraient-elles pas à une certaine forme de marché de l’emploi et de l’économie ? Pour résoudre un “problème” ne faut-il pas en identifier la cause afin de l’enrayer?

Au moment où j’écris cet article le 15/01/2020 , 6 femmes ont été victimes de féminicide depuis ce début d’année, aussi horrible que cela paraisse, seuls les chiffres prouveront au gouvernement que les mesures du Grenelle sont loin d’être suffisantes et que les moyens financiers octroyés ( 360 000 euros / autant qu’en 2019) sont loin de pouvoir palier aux différentes mesures à mettre en place … Mais surtout ces femmes restent et resteront réduites à juste un nombre, aussi macabre soit-il, aux yeux d’un gouvernement qui ne s’axe que sur son nombril .

Lylye . Rédactrice

Liens utiles :

https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13048

 

4 Commentaires

  1. sans doute y -at-il des niveaux de violences psychologiques comme des violences physiques. Mais encore faudrait-il faire connaître ces niveaux. Une violence psychologique qui dure de longue date et répétitive n’a-t-elle pas le même impacte qu’une grave violence physique répétitive ; à savoir celui d’humilier la victime pour qu’elle se soumette et ne puisse pas dire NON quand elle en éprouve le désire ?
    distinguons tout de même coup donné sur la colère (éraflures, ématomes) qui est une violence mais réactionnelle sans intention de donner la mort mais de rabaisser d’avec coup porté dans l’intention de donner la mort ( excessivement fort ou avec acharnement). le problème de la maîtrise de soi tant corporelle que verbale se pose dans une société ou tout semble être permis avec l’argent ou par les dominants.

  2. il devrait y avoir au moins un rappel écrit de la loi par la gendarmerie avec exigence de présentation à la gendarmerie de l’auteur dans les huit jours suivants au plus tard pour éraflures ou hématomes légers ou déposition de harcèlement moral précis et répétitif celui-ci nécessitant sans doute un entretien obligatoire avec un spécialiste et le couple sur une durée minimale.
    Dès la deuxième déposition une amende donné par la gendarmerie.
    dès la troisième un jugement officiel .NON ?
    Mais la diffusion de scène de violences répétitives et insistant visuellement sur la cruauté ou l’humiliation dans les médias ( à fortiori sans signaler qu’il s’agit d’une fiction) ne fabrique-t-elle pas le comportement d’une jeunesse mal encadrée familialement ou sociétalement ? l’absence d’éducation à un contrôle de sa libido comme celle à l’existence de la sexualité et de l’affection en perspective de goûts et projets d’avenir partagés et respectés, en acceptant le fait qu’il peut exister des échecs amoureux sur lesquels il faut apprendre à rebondir, ces deux absences d’éducation ne sont-elles pas aussi un handicap pour ceux ou celles qui le vivent que la société doit prendre en compte de manière humaniste ?

  3. En lien avec cette action contre les féminicides, plasticienne engagée, j’ai réalisé une installation dans un centre d’art en France sur le violences faites aux femmes. Intitulée « Loi n°2010-769 », elle rend tristement hommage aux 130 femmes décédées en 2018 et 149 en 2019 en France et à toutes les autres décédées dans le monde, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire. A découvrir : https://1011-art.blogspot.com/p/loi-n2010-769_2.html
    Et aussi “This is not consent” sur la culture du viol : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html

    Ces séries ont été présentée à des lycéens, quand l’art contemporain ouvre le débat.

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