Macron t’es foutu, les pompiers sont dans la rue !!!

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Tout d’abord, la journée n’aurait pas pu mieux commencer. Je sors du métro à République.
Il est 13 h, à peine.
Je finis de monter les marches et je sens une ambiance dingue! Les pompiers sont beaux, en uniforme et avec le sourire.

Au même moment, des pétards explosent dans tous les sens, des fumigènes forment des nuages de couleurs, qui cachent le ciel gris de Paris, ce 15 octobre 2019.

C’est beau… Les infirmières sont là avec leurs revendications. Les ambulanciers aussi et bien entendu nos Gaulois réfractaires sont de la partie. Comme à chaque manifestation à l’appel à la convergence.
Nous nous regardons tous avec complicité et nous échangeons des sourires qui en disent long.

À 14h le cortège s’élance.
Nous sommes tous contents d’être là, c’est vraiment une ambiance de fête.
Les pompiers veulent être vus et entendus, et c’est normal, après 4 mois de grève. Aujourd’hui, c’est leur journée.
Au début de la manifestation, j’échange avec de nombreux soldats du feu en leur demandant, comment ils pensaient que ça allait se passer ? Craignent-ils une répression policière ?
TOUS sont optimistes et me disent “tout va bien se passer, il n’y a pas de raison que ça se passe mal et si c’est le cas, on est prêt”.
J’ai envie d’y croire… Nous avançons tous ensemble, nous rigolons, nous discutons. J’ai même eu la chance de porter l’équipement de l’un d’eux.

 

Puis là, commencent les témoignages lourds.

Un pompier au bord des larmes, me raconte, que lors d’une intervention, une victime l’a agressé.
L’individu lui a ordonné de se mettre à genoux et d’ouvrir la bouche.
Mon interlocuteur me dit s’être exécuté et à ce moment-là, il lui a été glissé un pistolet dans la bouche.
Suite à cela, il a été arrêté 6 mois.
Au vu de la souffrance que j’ai vu dans ses yeux, je lui demande s’il a pu bénéficier d’un suivi psychologique.
Il me répond que non. Rien.
Aucun suivi.
Mais pire que ça, sa hiérarchie lui aurait dit “ça va, tu es encore vivant”.
Je ne sais pas combien il y a eu de suicides chez les pompiers, vu que c’est un sujet tabou, mais en l’écoutant, je prie pour qu’il ne fasse pas une bêtise…

Impossible de répondre à ce que je viens d’entendre, je n’ai pas les mots à cet instant là et je ne les ai toujours pas aujourd’hui. Alors, je le sers fort dans mes bras sans un mot.
Nous nous quittons comme ça. Il est à noter, que sa principale revendication, est d’avoir l’aide des policiers lors de certaines interventions ce qui n’est pas le cas actuellement.

 

Deux mètres plus loin, je m’incruste dans une conversation entre deux pompiers.
Ils m’expliquent que les soldats du feu, doivent payer plus cher leur assurance et crédit, parce que le statut de pompier, est considéré par ces lobbys, comme un métier à risque. Pourtant, ils ont un salaire et une reconnaissance de l’état qui s’arrête à “agents territoriaux” sans rétributions pour la pénibilité et les risques liés à leur travail, pire, ils sont pénalisés au global.
Ça doit être ça le fameux “en même temps” de macron.

Une cinquantaine de mètres plus loin, je vois la femme qui a été projetée au sol par un gendarme, lors de la manifestation des policiers le 2 octobre dernier.
Elle m’explique qu’elle a eu une fracture ouverte au niveau du nez et un traumatisme crânien. Dans son malheur, elle est contente que ses lunettes ne se soient pas cassées. Mais, le support de plaquettes et les plaquettes lui sont rentrées dans le nez.
Aujourd’hui ça va mieux, elle a réussi à retourner en manifestation malgré la peur. Nous nous quittons en se disant à vendredi devant l’IGPN. (vous êtes tous les bienvenus pour nous rejoindre).
J’avance encore plus interrogée que je ne l’étais.

C’est simple, entre la place de la Bastille et rue de Chaligny/Boulevard du temple il y a 1,7km.
Sur cette courte distance j’ai eu ces trois témoignages… dur.

Nous arrivons donc à ce fameux croisement, proche de la place de la Nation.
À ce moment là, les pompiers et quelques GJ prennent une petite rue où les attendent le canon à eau et une sacrée brochette de FDO.
Nous entendons des Ahou! Ahou! Ahou! Le canon à eau recule, les FDO aussi.
C’est juste magnifique!

Je commence à y croire sauf que… d’un seul coup tout bascule.
Les FDO chargent, matraquent, gazent les pompiers.
Le canon à eau entre en action.
Ils ne visent pas n’importe comment, non, non!
Ils visent entre les omoplates, histoire d’être sûre qu’avec la puissance de l’eau, la personne visée s’explose au sol.

 Mais nos pompiers sont résistants et ne plient pas face à ces agressions.
J’arrive à me mettre derrière le cordon de FDO pour filmer la scène.
Ce que je constate à cet instant là, c’est qu’il y a des hommes qui sont prêts à risquer leur vie pour nous sauver celle des autres, quand d’autres, sont là pour mutiler le peuple.

Mais je n’ai pas le temps de me perdre dans mon analyse, on m’appelle un peu plus loin “Noémie, viens filmer il y a une agression!”

Je me retourne, je vois une femme avec le visage rouge, un homme au sol entouré par au moins 6 baqueux.
Je ne réfléchis pas, je traverse pour filmer notre camarade au sol en lui demandant si tout va bien. Il tente de me répondre mais je me fais pousser par un flic qui cherche à m’empêcher de filmer la scène.
Manque de bol pour lui, je ne suis pas d’humeur à obtempérer.

Après tout ce que je viens d’entendre et ce que je viens de voir, je suis même plutôt dans la rébellion… Alors c’est plus fort que moi, je leur crie “les baqueux faites nous des pompes à la Fortnite !!!” (référence à Toulouse).
J’en vois un qui prépare sa gazeuse et qui se dirige d’un pas décidé vers moi.
Je rigole en lui disant “à bon tu veux me gazer” et là pshitttt!
La réponse est donc oui.
Mais ça ne me dissuade pas de rester sur place et de continuer à filmer jusqu’à ce qu’ils laissent partir mes camarades.

Une fois libéré, il m’explique qu’il a voulu aider la dame au visage rouge (elle a été gazée) et à ce moment-là, la BAC est arrivée.
L’un d’eux lui a fait des croches pattes avant de lui sauter dessus.
Tout ça pour rien du tout au final.

Je continue mon chemin jusqu’à place de la Nation.
Lieu de fin de la manifestation.
Sur le chemin, je vois deux jeunes pompiers qui ont entre 18 et 20 ans. Ils me disent qu’ils ont été matraqués et gazés plus haut.
J’en peux plus, il faut que je fasse une pause sinon je vais craquer.

Je m’arrête dans un bar à Nation avec des amis.
Nous retrouvons nos pompiers avec le sourire ; ils décompressent eux aussi.
Ça chante, ça danse, ça rigole, ça échange et ça fait surtout du bien.

Il est 17h,
Après avoir rechargé mes batteries, nous nous remettons en route.
Je voulais rejoindre le périphérique.
Sur le live de Gabin, j’ai vu qu’il se passait des choses, sauf qu’à peine avoir traversé la place de la Nation, je vois une scène d’horreur! Tous les pompiers que je croise toussent, crachent, ont les yeux rouges.
Le nuage de gaz me brûle moi aussi. C’est horrible. L’air est irrespirable.
Je ressors mon téléphone pour filmer cette nouvelle scène chaotique où les FDO gazent de façon intensive nos héros.
Je suis outrée de ce que je vois.
D’un coup, un pompier se met devant mon objectif et prend la parole à visage masqué pour me dire son désarroi.

Pour lui tout ça est scandaleux.
Les pompiers n’ont pas à se faire gazer par les gendarmes mobiles alors que lui, sa revendication principale, c’est la retraite à 57 ans donc rien de grave, pas besoin de violence.
Il me parle de Rouen, de ses collègues qui étaient sur place et il m’affirme qu’ils sont tous intoxiqués et que même si l’État dit que tout va bien, ils n’ont même pas accès à leurs bilans sanguins.
Il me rappelle, que les pompiers, sont les derniers remparts de la nation et que de se faire gazer comme ça, par les gendarmes mobiles et les CRS, c’est du non-sens.
Enfin, il me fait part aussi du manque de respect qu’il ressent en se faisant attaquer comme ça alors que les pompiers sont les premiers à intervenir, que se soit lors d’un attentat, d’une agression dans la rue, d’un viol… sur toutes les violences, ils sont les premiers à intervenir et il insiste dessus.

Sa dernière phrase avant de partir est “à un moment donné il va falloir que nos dirigeants assument et qu’ils nous donnent les moyens d’assurer toutes nos missions”.
Puis il est parti comme il est venu en me remerciant. (ce pompier a souhaité parler plus posément, vous avez son témoignage un peu plus bas dans un live avec Gabin).

Je suis vraiment à saturation, j’en peux plus, donc j’avance pour ne pas trop réfléchir…

Plus loin, je tombe sur un riverain qui me dit “il faut revoter macron aux prochaines élections” aïe aïe aïe… pire que ça, il me dit “que si ça ne tenait qu’à lui, il demanderait de tirer à vue sur les GJ”.
Je ne peux pas vous expliquer la suite parce que j’ai vrillé et je vais être censurée.

Mon téléphone sonne. C’est Gabin. Il a fini ses lives. Nous nous donnons RDV pour un débriefing, dans un bar, place de la Nation. À droite, nous avons les FDO, à gauche, nos pompiers qui font encore et toujours face.
Nous entendons les sommations. Et ça gaze, ça charge une fois de plus.
Je ressors mon téléphone, et là…. j’assiste à la scène la plus traumatisante de la journée.

A ce moment là, un pompier se fait bousculer. Son collègue essaie de le calmer parce que son camarade n’en pouvait plus. Il s’écroule en larmes sur une chaise de la terrasse du café où nous nous trouvons.

Son collègue le sert fort dans ses bras.
À travers la vitre, je lui demande si ça va. J’ai les larmes aux yeux et j’ai mal au cœur en voyant ça.
Il me dit : « Non, ça va pas… » je lui fais signe de rentrer pour se mettre en sécurité et au calme à l’intérieur.
Ce qu’il fait.
Je coupe mon téléphone et je me dirige directement vers eux.
Je sers fort le pompier en pleurs dans mes bras.
Je lui dis qu’il faut être fort, que nous avons besoin de lui, que nous le remercions pour ce qu’il fait au quotidien pour nous, et que nous l’aimons.
Petit à petit il reprend ses esprits, se calme et part.

Un autre pompier arrive, il nous montre deux impacts de grenade de désencerclement (je pense) qu’il a reçu sur le bras. 
Il a la peau à vif.
Dehors ça continue de gazer…
Une fois calme on décide de partir.   
En sortant je prends le temps de filmer le bitume et le caniveau devant le bar sur une surface de même pas deux mètres carrés… c’était noir de lacrymo… Par conséquent,je vous laisse imaginer le reste de la place…

Fin de journée vers 20h00. Dans le métro j’arrête pas de penser à la journée que je viens de passer.
Mon analyse : Nous savons que la répression et les violences policières existent.
Nous avons pu le constater, avec nous GJ, avec les profs, les étudiants, les agriculteurs, les femmes , les enfants, les handicapés… et là, maintenant, les pompiers ???
Les pompiers qui travaillent avec les FDO ??!
Qu’est ce que ça va donner la prochaine intervention où ils vont devoir collaborer ??!
C’est du grand n’importe quoi !!!

En conclusion, c’est loin d’être fini !
Alors tous ensemble, soyons forts, unis et nous y arriverons.

Noémie citoyenne reporter.

Témoignage d’un pompier rencontré lors de cette manifestation. Voici son ressenti et ses appels à nous citoyens.

Un pompier prend la parole en anonyme ! Et si les pompiers étaient le ciment pour le vivre ensemble et le combat commun ?

Gepostet von Vécu am Freitag, 25. Oktober 2019

 
 

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