HÔPITAL PUBLIC CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE.

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Une rétrospective nécessaire

 Loi du 19 janvier 1983

 

Les établissements publics de santé ainsi que les établissements privés participant au service public hospitalier recevaient, depuis la loi du 19 janvier 1983, une Dotation Globale de fonctionnement (DG) annuelle, reconduite chaque année en l’absence de toute négociation réelle entre l’autorité de tutelle et l’établissement.

La DG était ainsi calculée sur la base de l’exercice précédent modulé du taux de croissance des dépenses hospitalières, déconnectant ainsi les moyens de l’évolution de l’activité.

PLAN HOPITAL 2007/Ordonnance de 2005

Principal axe de réforme, la tarification à l’activité (T2A). Elle bouscule les modes d’allocation budgétaire des établissements de santé en insistant sur les recettes avant de penser aux dépenses. Demandée par “tous” mais redoutée par la plupart, cette réforme du financement pose avec une acuité toute particulière la problématique de la modernisation du système hospitalier français face à l’indispensable mais difficile maîtrise des dépenses de santé.

La tarification à l’activité (T2A) est un mode de financement des établissements de santé français issu de la réforme hospitalière du plan Hôpital 2007, qui vise à médicaliser le financement tout en équilibrant l’allocation des ressources financières et en responsabilisant les acteurs de santé.

Elle constitue un mode de financement qui vise à la mise en place d’un cadre unique de facturation et de paiement des activités hospitalières des établissements de santé.

La T2A est un élément central de la « Nouvelle gouvernance hospitalière » mise en place par les ordonnances de mai et septembre 2005, dans la mesure où ce sont désormais les recettes issues des activités hospitalières qui vont déterminer les dépenses et non l’inverse.

Attention voilà la belle phrase :

“La mise en œuvre de cette dernière doit se faire avec du sens, celui de la recherche de l’efficience, du dépenser mieux”

Qu’est-ce que cela signifie en vrai ?

Pour les hôpitaux une donnée nouvelle, celle du rendement au même titre qu’une entreprise !

Malgré les nombreuses manifestations des personnels paramédicaux, peu soutenus à l’époque par les médecins, cette nouvelle réforme passera haut la main sans que personne ne s’inquiète des conséquences qu’elle aura sur la qualité des soins.

En effet nombreux sont les acteurs hospitaliers qui s’interrogent sur le sens de cette réforme tant elle paraît, antinomique des valeurs du service public et source de rupture dans l’égalité des soins. Fermetures d’activités, rupture dans l’accessibilité aux soins et sélection des patients sont autant de craintes brandies par des professionnels du monde de la santé perturbés par une libéralisation du système de santé.

Donc reforme validée !

Donc on commence à découper l’hôpital en « spécialités » et pôles de spécialités.

Il n’y a plus de prise en charge globale du patient. Les Yeux avec les yeux, les jambes avec les jambes…le patient devient un organe et le principe holistique s’évapore…

On diminue les durées de séjour ! Ah la fameuse DMS (durée moyenne de séjour) attention ne pas dépasser 8 jours maximum ! Pour obtenir la sacro sainte certification!

Pour percevoir leur budget, les chefs de pôles (médecins ou professeurs) vont réorganiser leur service, en favorisant les actes qui rapportent de l’argent en faisant en sorte qu’il ne coûtent presque rien.

De là, naissent les prises en charges ambulatoires, hôpitaux de jour…

Les brancards à la queue leu leu dans les box en préopératoire, et les lits alignés dans la salle de réveil.

La fameuse “marche en avant”, et ” trajectoire patient” où tout est organisé comme pour le grand 8, ne jamais se retourner, demi tour impossible!

Oui parce que voilà ce qu’est devenu l’hôpital public chers lecteurs, une usine à gaz, une usine à actes tarifiés ! Plus on produit, plus on est payé!

Tout cela sans que personne ne s’en émeuve malgré les cris d’alarme poussés par les soignants.

Une histoire d’externalisation qui dérange pour les petites mains de l’hôpital, c’était une alerte, un signe que personne n’a entendu. Les petites mains qu’on dégage…

Nos supers ASH (agents de service hospitaliers) qui faisaient partie intégrante des équipes de soins, boum y’a plus, dehors, retraite, promotion professionnelle.

Je peux vous garantir que ça a pleuré dans les équipes…( j’y étais)

Et puis on externalise la fonction, entreprise privée, cahier des charges…

Pourquoi je vous raconte cela ?

Parce qu’aujourd’hui en pleine épidémie de covid-19 cela a un réel impact.

Au lieu d’avoir des agents postés comme les soignants, nous avons des techniciennes de surface qui interviennent sur des créneaux précis. Si il y a des besoins en dehors de ces créneaux, pour la majorité des entreprises de nettoyage qui ont repris le business des hôpitaux, y’a pas moyen ! Bon je ne vais pas généraliser  mais pour preuve ce témoignage :

« Bah voilà 15h00 un décès covid 19 dans le service, pas de femme de ménage, l’agent de Net….ne vient qu’à 17h. !! »

Pas le choix, pas de lit, l’aide-soignant lâche l’infirmier pour aller faire le ménage et la desinf’ et l’infirmier fait le taf de l’aide-soignant.

Depuis l’épidémie du covid 19 l’hôpital voit les glissements de tâches exploser.

Donc 2020 boum ! Pandémie et on y go à l’hosto avec 69 000 lits supprimés en 15 ans ! Sans parler de tous les métiers externalisés depuis!

Dans le langage courant à l’hôpital la phrase type du discours politique relayé est :

“Faut arrêter de vous plaindre, ce n’est pas une question de moyen, mais une question d’organisation !”

Donc comme le souligne M. Yves Calvi sur Canal

« FAUT ARRETEZ LA PLEURNICHE HOSPITALIERE ! »

et rester sur une note humaine et émouvante comme ici:

Je trouve cette scène très émouvante… Les soignants, épuisés, qui a leur tour rendent hommage au personnel de nettoyage de nos hôpitaux. Ils sont eux aussi particulièrement exposés.

Gepostet von Christian Gonzalez am Montag, 30. März 2020

 

Aziane

 

 

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