Témoignage de deux profs de primaire par Noémie

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Jeudi 9 janvier 2020, nouvelle journée de mobilisation sur Albi (81) comme partout ailleurs en France.

C’est aussi ce jour là, qui a été choisi pour faire une interview avec deux professeurs des écoles au sujet de la grève et des raisons de leur présence dans cette manifestation.

J’espère vous apporter des réponses aux questions que vous vous posez peut être.

Voici donc le compte rendu de cet entretien:

Bonjour à tous les deux. Pouvez vous vous présenter s’il vous plait ? 

 

Sarah: Bonjour, moi c’est Sarah, j’ai 51 ans et je suis instit. Je travaille dans un village à côté d’Albi. Je fais un complément de temps partiel des charges de direction, ce qui consiste à prendre la place de la directrice quand celle ci fait son travail administratif. Gilet jaune également et membre de syndicat sud.

Adrien: Moi je m’appelle Adrien, j’ai 30 ans, je suis enseignant sur Albi dans une classe de CM1/CM2. C’est ma première année dans cette école. Je suis GJ et syndiqué à sud éducation.

Pourquoi manifestez vous et quelles sont vos revendications ?

Sarah: Nous manifestons contre le projet de la loi sur les retraites, c’est actuellement le gros point. Mais il y a aussi des revendications au niveau de l’école au sens large ; au niveau de toutes les réformes qui sont passées l’année dernière et ces dernières années, puisque l’école publique est mise à mal. Mais là, avec la loi Blanquer, ils liquident tout! C’est donc une mobilisation plus globale sur la fin des services publiques ; sur le fait qu’on veuille un  autre monde, un partage des richesses…

Je me permets de faire une parenthèse, parce que l’année dernière, la directrice de l’école primaire Rochegude à Albi (école de ma fille au passage), a accueilli Edouard Philippe dans son établissement et je l’avais interpellé à ce moment là, en lui rappelant que les profs de Toulouse se faisaient malmener par la police devant le rectorat de Toulouse (et pas que). Que des professeurs de son école voulaient faire grève et que je trouvais ça scandaleux que le premier ministre soit le bienvenu ici! Elle m’avait fait comprendre à l’époque qu’entre le primaire, le secondaire et l’université, cela n’avait rien à voir avec elle. Donc, ma question est la suivante: est ce que vous soutenez vos collègues de Toulouse ?

Sarah: Bien sur! Et on soutien également les élèves comme ceux de Mantes la Jolie qui se sont retrouvés à genoux l’année dernière. C’est inadmissible!!!

Adrien: Nous sommes rencontrés avec Sarah l’année dernière, surtout concernant la loi Blanquer. Nous faisions parti des instits et des profs dans le Tarn qui galéraient un petit peu à l’organisation. Nous avions monté une assemblée GJ/éducation nationale, donc cela nous a permis de faire des actions. Nous allions surtout à Toulouse pour participer à l’AG des grévistes “de lutte de Toulouse”, parce qu’à Albi il ne se passait pas grand chose. Nous avons participé aux actions sur Toulouse. Nous étions là, quand les profs se sont fait gazer devant le rectorat. Nous étions là, quand ils se sont fait interpeller place Jean Jaurès etc… Ensuite, nous avons réussi a monter sur Gaillac, une AG GJ/éducation nationale, cela nous a permis de bloquer la DSDEN qui est notre hiérarchie directe dans le Tarn. C’était une très bonne action que nous avons envie de recommencer très vite. Notre mobilisation de cette année s’inscrit aussi dans la continuité de la lutte contre la loi Blanquer. Et je dirais que plus personnellement, je continue de manifester en tant que GJ dans la suite des manifs de l’année dernière , car je revendique plus de pouvoir pour le peuple, plus de démocratie, un RIC par exemple mais pas que. J’essais de m’efforcer de mettre toutes mes forces dans le mouvement en tant que prof, en tant que GJ et en tant que syndiqué, car je pense qu’il faut virer Macron et son gouvernement. C’est le seul objectif et c’est la seule raison pour laquelle j’arrêterais de manifester.

Sarah: Moi, j’ajouterai que cette année sur Albi on a réussi à monter une AG personnelle de l’éducation, donc, pas seulement enseignant. Elle fonctionne de façon plutôt horizontale avec une distribution des rôles, afin que ce soit plus ou moins l’intersyndical qui mène la danse, et essayer d’envisager une complémentarité.

Comment se passent les relations entre grévistes/non grévistes/hiérarchie et parents d’élèves ? Avez vous des critiques, les parents d’élèves comprennent – ils? Il y a quelques temps Adrien, tu m’as contacté pour que je vienne vous soutenir en distribuant des tracts et expliquer la situation aux parents.

Adrien: Oui car c’est une action que l’on ne peut pas vraiment faire devant l’école où nous travaillons, donc effectivement, je t’ai appelé pour distribuer une lettre, qui expliquait aux parents, pourquoi nous faisions grève et pour les sensibiliser aussi à rejoindre le mouvement.

Sarah: Alors comment cela se passe avec les non grévistes? Personnellement, cela  fait pas mal d’années que je suis seule gréviste sur mon école. Là, malgré tout, j’ai deux collègues qui sont de mon côté même si elles ne se bougent pas. Avec les autres c’est comme si rien ne se passait. Je suis dans une école de six classes, il y a quand même pas mal d’enseignants et puis il y a des ATSEM, des AESH qui accompagnent les enfants en situation de handicap, donc il y a du monde. Mais quand nous commençons à parler de cela, ce qu’il en ressort : ils ne voient rien, ils n’entendent rien, ils ne disent rien… c’est la politique de l’autruche quoi. Ce n’est pas évident d’entamer des discussions avec elles. Avec les parents, je n’ai pas encore eu trop de retours, mais il y a au moins une maman qui a fait passer un mot pour dire qu’elle n’était pas contente. Demain je vais aller avec un collègue retraité, un cheminot et une cheminote, essayer de discuter avec les parents pour leur apporter des infos.

Au sein de l’école?

Sarah: Non, à la sortie de l’école. Je pensais emmener du café et proposer aux personnes à venir discuter avec nous. J’en ai parlé à la directrice,  mettra t-elle un mot ? Je n’en sais rien. Je lance et on verra bien. J’ai testé les années précédentes de faire une réunion avec les parents pour qu’ils puissent venir poser leurs questions. Ils ne venaient pas. De ce fait, ils ne pouvaient pas venir se plaindre. Je ne sais pas si les parents sont venus en manif… on verra.

Adrien: J’ai testé plusieurs cas de figures. L’année dernière j’étais assez seul à faire grève. J’étais à Cordes Sur Ciel en maternelle, et du coup, c’était une équipe qui ne faisait pas beaucoup la grève. Cette année les collègues ont commencé à me dire qu’ils étaient du genre à faire une journée de grève dans l’année etc.. et finalement, ils en sont déjà à trois jours. Nous pouvons donc penser qu’ils suivent. L’école est fermée aujourd’hui et sur les grands temps forts. Déjà trois fermetures c’est pas mal. Même si je suis seul en reconductible dans l’équipe, je sens que l’on peut quand même parler politique, que les non grévistes sont minoritaires et que nous pouvons aussi parler avec eux et avec elles. du coup, ce n’est pas la même situation. Je trouve qu’il est difficile de passer pour un “relou” lorsque tu parles de politique et aussi cette impression que les gens ont l’air de considérer, que toutes les grèves et toutes les luttes qui nous ont permis d’avoir des acquis  aujourd’hui,  appartiendrait au passé, en autre… la sécurité sociale. Comme si là, en fait, nous n’étions pas en train d’écrire l’histoire. Je me suis politisé à la fac à la fin de mes études et je trouve que d’être enseignant ou ne pas l’être par rapport aux gens qui ne sont pas politisés c’est toujours la même chose. Par rapport à la hiérarchie, je n’ai aucun contact avec. J’ai quelques visites de conseillers pédagogiques mais qui ne sont pas mes supérieurs hiérarchiques, qui sont des collègues, qui sont là pour me former. Par contre les inspecteurs et inspectrices je ne les vois pas. Les seuls moments où nous les voyons, c’est quand nous allons les chercher à la DSDEN (direction des services départementaux de l’éducation nationale). Et ça, c’est un truc que la loi Blanquer essaie de changer. Quand ils veulent modifier le statut des directeurs et directrices d’écoles pour en faire des chefs d’établissements comme sur le modèle des collèges ; ou carrément de proposer aux écoles d’être rattachées au collège de façon à ce que les proviseurs soient nos supérieurs hiérarchiques. Pour l’instant on y est pas mais tant que l’on ne voit pas les inspecteurs nous sommes tranquilles.

Sarah: Moi je ne vois personne. Avant, cela s’appelait les inspections, maintenant cela s’appelle, les rendez vous de carrière. Pour ma part, c’est plutôt bon, car j’ai fini, donc ils ne viendront pas me voir. De toute façon, ils ne venaient pas me voir avant non plus. Par contre, nous savons bien qu’ils vont nous faire chier, notamment sur les jours de gréve. Il y a un truc qui existe et qui s’appelle l’arrêt OMONT, ce qui permet à la hiérarchie de, par exemple, si nous sommes en gréve le mardi et le jeudi, d’enlever aussi le mercredi. Si nous sommes en gréve le vendredi et le lundi, ils peuvent nous prendre le weekend et on ne doute pas qu’ils vont s’en servir. D’ailleurs la rectrice de Montpellier a demandé à l’appliquer, donc ils vont nous faire chier c’est clair.

Donc finalement vous avez quand même une pression au dessus de la tête ?

Sarah et Adrien: Oui, nous l’avons !

Sarah: Moi, ça fait 26 ans que je travaille. La hiérarchie ça n’existait pas, si nous avions des problèmes, nous les réglions entre nous. Depuis 10 ans, même avant, ils ont réussi à mettre la hiérarchie dans la tête des gens et ça, c’est le pire. On a beaucoup entendu parler du droit de réserve, comme si le fait de se taire était un droit. Avant nous avions un devoir de neutralité sur notre temps de travail mais nous avions parfaitement le droit de nous exprimer en dehors du temps de travail. Blanquer, avec ses réformes l’année dernière, a mis en place un devoir de réserve. Il n’y a pas encore les décrets d’application, donc pour le moment nous continuons à faire ce que nous voulons. Cependant, dans la tête des collègues, cela existe déjà, et depuis longtemps, donc nous ne faisons rien, nous nous taisons, nous obéissons. J’en ai parlé pendant longtemps et les gens répondent “si si, nous devons nous taire” alors que cela n’existait absolument pas. Ça.. c’est le pire.

Adrien: La loi Blanquer, pour être un peu plus précis, c’est l’article 1 de la loi Blanquer  qui défini un devoir d’exemplarité des enseignants fonctionnaires. Ce qui veut dire, que tu n’as pas le droit, que se soit pendant l’exercice de tes fonctions ou en dehors de ton lieu de travail, de critiquer ton gouvernement par exemple. Donc, en fait, tu es avant tout enseignant avant d’être citoyen.

Sarah: il faut dire aussi que depuis longtemps, les hauts fonctionnaires eux, ont un devoir de réserve mais parce qu’ils sont fonctionnaires 24h/24. En même temps, ils touchent à peu près 5000 euros par mois, donc ils peuvent l’être. L’année dernière le directeur des services académiques, soit, l’inspecteur académique, s’est permis en utilisant les outils de la DSDEN de tweeter en faveur de macron. Lui, il n’a pas été inquiété pour cela.

Adrien: Il a quand même dû présenter des excuses en disant que c’était une mauvaise manip. Mais eux, dès lors qu’ils vont dans le sens du pouvoir, là il n’y a pas de neutralité possible.

Actuellement, vous êtes tous les deux ‘gilet jaune’, mais que pensez vous  de ce mouvement en général et souhaitez vous une convergence ? D’après vous, tout est lié ou chaque combat est bien dissocié des autres? 

Adrien: Je pense que le mouvement GJ est le seul mouvement sérieux aujourd’hui en France. C’est le seul qui est à même de faire trembler le pouvoir, du coup je pense que tout le monde devrait mettre son gilet jaune.

Sarah: La convergence se fait et elle s’est faite même si certains ne veulent pas la voir, parce que les gj sont des travailleurs. Ce que je trouve intéressant, c’est le fait que les gens se soient organisés. Ils se sont permis de faire des choses que dans les mouvements on ne s’autorise plus à faire depuis longtemps. En exemple, les manifestations de plus en plus loin du centre ville, de plus en plus fliquées. Lors d’un mouvement des gj, à un moment nous disons stop, nous nous autorisons à faire ce que nous voulons ; nous reprenons la rue et effectivement, c’est cela qui fait trembler le pouvoir et le fait qu’il n’y ait pas de représentants. Parce que les représentants servent à quoi? Ils servent à négocier et quand il n’y en a pas, et bien nous ne pouvons pas négocier. De toute façon, toutes les luttes se rejoignent comme la lutte contre le réchauffement climatique, l’écologie et cela s’inscrit totalement dans la lutte contre le système capitaliste qui exploite les gens, la nature, et qui nous mènent directement à cette catastrophe.

Qu’imaginez vous, que voyez vous ou qu’espérez vous pour la suite?

Sarah: Blocage du pays !

Adrien: Oui pour gagner sur les retraites et pour ensuite continuer la lutte et regagner ce que nous venons de perdre.

Sarah: Le mouvement des gilets jaune existe depuis plus d’un an. Une année et deux mois que les gens bougent et manifestent. Le gouvernement joue le pourrissement et ne tient absolument pas compte de cela. Il faut les toucher au porte feuille. Ceci est maintenant de plus en plus évoqué dans les AG et il va falloir le faire. Il y a normalement cette semaine, blocage des raffineries. Mais je pense que les confédérations, je ne parle pas des syndiqués de base, comme toujours freinent des quatre fers parce qu’ils veulent avoir la main. Ils veulent décider de quand nous rentrons à la maison. Il va falloir que la base dise “non ! maintenant, c’est nous qui prenons les choses en main”. C’est pour cela que nous insistons à ce qu’il y ait des AG pour que nous puissions décider nous même.

Financièrement, comment ça se passe pour vous ?

Sarah: En général, c’est sur le mois d’après, nous avons commencé en décembre, nous sommes en janvier, cela devrait nous impacter fin janvier et c’est à ce moment que l’on aura la surprise à savoir si cela concerne uniquement les jours de grève qui seront déduis ou la totalité, avec les week end et tout ça.

Adrien: Personnellement, j’ai décidé, parce que je n’ai pas d’enfants, de vivre en colocation. Je n’ai donc pas besoin d’avoir beaucoup d’argent pour vivre. C’est pour cela que j’ai décidé de m’asseoir sur mon salaire de décembre et peut être aussi sur celui de janvier. Pour moi, ce n’est pas un problème mais, ceux pour qui c’est un problème, nous avons créé une caisse de gréve. Le but, est d’entraîner avec nous dans la grève les gens les plus précaires et de pouvoir aussi soutenir ceux et celles qui sont en reconductible pour ne pas être en grève une seule journée ; mais de pouvoir faire la grève plusieurs jours d’affilés et d’avoir un soutien. Nous ne prétendons pas à rembourser les jours de salaire entièrement mais au moins les soutenir.

Sarah: Les caisses de grève existent depuis un moment. Les gens sont prêts à s’inscrire dans la durée et c’est très important vu que l’on en a pour longtemps. De toute façon, nous devons gagner, parce que derrière cela, il y a la liquidation de la branche maladie, de la sécu, le statut fonctionnaire… et encore beaucoup d’autres choses. Nous nous devons donc de gagner. Nous faisons un appel pour participer à cette caisse qui est pour les profs mais aussi pour les plus précaires. Nous avons organisé une soirée de soutien avec un concert, il y en aura d’autres qui devraient se faire bientôt sur Carmaux. Nous allons voir avec les cheminots pour faire une soirée aussi.

Adrien: Nous avons participé à des actions avec les cheminots, avec l’hôpital, avec les postiers. C’est vraiment chouette, c’est la première fois que je participe à un truc comme ça. Qu’il y ait une telle rencontre effective entre les différents services publiques, cela fait vraiment plaisir.

Sarah: moi ce que je sens, bon effectivement dans le secteur enseignant il n’y a pas tout le monde et je le regrette, nous nous demandons pourquoi tous nos collègues ne sont pas présents. Plusieurs hypothèses, y compris celle de la précarité même chez les enseignants titulaires.

Connaissez vous le taux de grévistes dans l’éducation nationale ?

Sarah: Aujourd’hui, officiellement chiffre du ministère, c’est 40%.

Adrien: Avant les vacances on était à 70% dans le Tarn.

 

Etes vous prêt à faire grève encore des mois et des mois ? J’ai compris votre détermination à tous les deux, mais pensez vous que financièrement cela est possible ?

Sarah: Cela sera possible pour moi. Est ce que ce sera le mois entier ou quelques journées ?? je ne sais pas mais oui j’irai jusqu’au bout parce que nous devons gagner et nous pouvons gagner.

Adrien: moi c’est pareil. Nous ne sommes peut être pas hyper représentatifs des autres fonctionnaires, parce que nous n’avons pas choisi notre métier pour le salaire, mais plutôt par conviction. Faire la grève cela fait aussi partie de notre mission, de notre métier.

Sarah: Il y a eu déjà énormément de dégradations. C’est un peu comme l’hôpital, nous travaillons avec des êtres humains, nous essayons de maintenir un service publique. Cela fait quelques années que j’ai l’impression de tenir les murs d’une maison qui s’effondre. Mais, à essayer de maintenir ce service, nous donnons aussi l’illusion que tout est normal et nous participons finalement à cela. Ils peuvent se permettre de tout saccager parce que nous sommes toujours là a essayer de montrer que tout marche, hors ce n’est pas vrai. Ils ferment notamment toutes les structures d’aide aux enfants que nous disons “à besoin particuliers”, psycho éducatif. En gros, ils ferment toutes les structures pour les remettre dans les classes. C’est ce qu’ils appellent l’école inclusive. Inclure, c’est vraiment mettre un projet autour de l’enfant, avec des soins à l’extérieur, un projet sur l’école, sur la classe avec des aides. Tout cela a été complètement saccagé et c’est déjà vraiment la merde!!! Je me bats depuis longtemps parce que je veux défendre un service, un accès à l’éducation pour tout le monde. C’est pour cela que je suis dans le publique. Il y a vraiment du boulot…

Quelle annonce pourrait vous faire arrêter de manifester ?

Sarah: Le retrait du projet dans un premier temps. Ce qui voudrait dire que nous aurions repris la main. Tant qu’il n’y a pas cela, nous poursuivons.

Adrien: Puis nous continuerons à manifester le samedi avec les gilets jaune, en demandant la démission de ce gouvernement et le changement de régime.

Beaucoup de personnes se posent des questions en lien aux cours d’éducation sexuelle à l’école. Pouvez vous m’en dire plus, et en quoi cela consiste ? D’autant qu’une loi sur le non consentement est passé. Elle consiste à clairement ne plus protéger les enfants qui sont victimes d’abus sexuels ?

Sarah: Je ne suis pas au courant du contenu de ces cours, cependant, sur le non consentement, cela se construit depuis tout petit. J’ai beaucoup bossé avec des petits de maternelle. Faire respecter son corps et savoir que tu as le droit de dire non quand quelque chose te dérange, et même entre enfants c’est un droit. Je pense que cela doit être fait et nous avons un rôle là dessus. Si c’est pour sortir des stéréotypes sur l’homosexualité notamment, et de dire que c’est pas mal, c’est pas sale ; je pense que ce n’est pas mal. Maintenant, il y a beaucoup à faire, justement sur les stéréotypes de genre. A l’école, il y en a beaucoup et qui sont très véhiculés par les enseignants eux mêmes, dans les manuels… Il y a donc vraiment une réflexion à faire à ce propos. Dans les bouquins pour enfants c’est terrible. Et dans d’autres, cela sort de ces schémas là et je pense que cela doit se faire au quotidien mais dans une pratique et une discussion. Et en répondant aussi aux questions des enfants.

Adrien: Moi c’est pareil, j’y connais pas grand chose mais j’ai assisté à la présentation du programme qu’a suivi ta fille l’année dernière, et que j’ai dans ma classe cette année. C’est une association canadienne qui a fait ce film. Il date des années 80 mais qui est franchement pas mal. Ce sont des scénettes qui parlent vraiment avec le langage des enfants en terme de “est ce que mon corps me dit oui, est ce que mon corps me dit non”? Dans la vidéo, nous voyons des adultes jouer le rôle des enfants et en fait, cela permet aux enfants de mettre de la distance par rapport au sujet abordé. Je trouve que c’est plutôt bien joué. Pour la loi sur le non consentement, je n’étais absolument pas au courant. Ce que je découvre c’est que dans les années 70 les discours étaient plutôt pro pédophilie. Je pense que la pensée libertaire n’est absolument pas pro pédophilie.

Sarah: 68 c’est la libération des femmes mais pas que. Au niveau de l’homosexualité aussi. C’était pouvoir choisir… c’est cela qui a été gagné mais cela a été aussi une façon de laisser parler le désir des enfants. Alors, que de toute évidence, il s’agissait de mecs qui voulaient libérer leurs propres désirs et cela restait dans des positions de domination, donc absolument pas de libération. C’est cela qui est mis en cause et qui doit l’être.

Adrien: Comme tu disais Sarah, il est important de travailler sur le genre et nous en sommes loin. Il y a beaucoup de recommandations ministérielles qui nous emmènent à travailler sur l’égalité filles/garçons. Amis en fait. Cela ne suffit pas, ce n’est pas fait en profondeur. Cela ressemble plus à une journée citoyenne et tout cela se fond là dedans. Alors qu’en fait, nous avons besoin de travailler dessus. Peut-être que cela emmènera à parler de sexualité en classe ? Il est évident que cela est compliqué, c’est un peu tabou mais c’est une mission que nous avons à accomplir.

Après ces cours, les enfants peuvent ils poser des questions ou parler avec un professionnel?

Adrien: Justement, dans notre classe, nous avons mis en place des boites à questions. Si un enfant a envie de dire un truc par rapport à des choses qu’il aurait vécu, ou qui sont difficiles à dire, il peut les mettre dans cette boite. De ce que disent les intervenants et intervenantes, c’est que les enfants prennent assez facilement la parole, même pour dire des choses grave. Les personnels de l’école viennent ensuite nous le raconter et nous pouvons en parler. Il y a un suivi. Mais c’est dans l’école dans laquelle je suis, je ne sais pas comment cela se passe dans les autres écoles.

Sarah: Ceci dit, au niveau enseignants et personnels, nous n’avons absolument aucune formation. Nous avons été éduqués dans cette société, et qu’on le veuille ou non, nous sommes emprunts à ces stéréotypes. Pour pouvoir changer cette attitude, il faut déjà pouvoir en parler et c’est comme cela que les choses bougent. Quand j’étais à Toulouse, j’ai participé à une émission plus ou moins régulière sur l’éducation avec des copines. Une de nos émissions traitait de ce sujet, l’égalité filles/garçons. Je me suis rendue compte que le fait d’en parler ensemble, cela aurait une conséquence dans mon comportement. Cela m’a permis de changer des choses dans mon attitude. Je suis plus attentive à certaines choses et c’est important. Au niveau de l’administration, je ne pense pas que l’on parviendra à ce changement. En tout cas, pas pour l’instant. Nous avons essayé de le porter dans un mouvement de pédagogie alternative et même là, cela s’est avéré compliqué.

Adrien: Je confirme, je viens juste de sortir des stages de l’ESPE (formation des enseignants) et nous n’en parlons pas. Ce n’est pas abordé. Enfin si, une demie journée et pas plus par le planning familiale.

C’est un peu comme les flics avec leur stage de LBD…

Adrien: Oui, en parlant de flic, cette année, nous avons eu la sécurité routière avec un gardien de la paix en uniforme. Par rapport à cela, il avait demandé aux enfants s’ils pensaient que les filles étaient plus ou moins prudentes que les garçons sur la route. La réponse qui était attendue était que les filles étaient plus prudentes. Je pense qu’il faut faire une éducation de principe en disant que les filles et les garçons sont à égalité là dessus. Dans notre classe, nous avions 3 filles qui s’étaient cassées la cheville ou le bras en jouant au basket ou au foot. Rien à voir avec la dînette. Sa question au fond, sous entendait que les filles restaient à la maison pendant que les garçons faisaient de la voiture.

Que pensez vous de l’image que véhicule la relation prof/élève des macron ?

Adrien: je considère que macron et Brigitte ne véhiculent rien du tout en lien à ce que je fais ou pense par rapport à l’éducation. Je les ignore complètement.

Sarah: Je n’étais pas courant, mais effectivement on a viré des profs pour bien moins que cela. En général, les personnes concernées sont mutées ou virées quand elles contestent l’autorité.

Adrien: En tout cas, ta question fait le lien entre tous les trucs du moment. Avec le retour de la pédophilie dans les médias, je comprends que tu poses cette question. Mais honnêtement, les élites je ne les regarde pas, j’en ai rien à foutre.

Avez vous un message à ajouter, qui vous tient à cœur ?

Sarah: Vive la lutte!

Adrien: Gilets jaunes dans l’éducation nationale !

 

Noémie, ©itoyenne reporter pour Vécu.

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