Un peu d’histoire

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Vécu
Publié par Gabin Formont3 novembre, 19:31

Elisee Reclus, professeur reconnu, anarchiste pacifique de la commune de Paris de 1871, précurseur de l’écologie et auteur de la première encyclopédie géographique française universelle).

“Aussi bien que l’homme considéré isolément, la société prise dans son ensemble peut être comparée à l’eau qui s’écoule.
A toute heure, à tout instant, un corps humain, simple mille millionnième de l’humanité,
s’affaisse et se dissout, tandis que sur un autre point du globe un enfant sort de l’immensité des choses, ouvre son regard à la lumière et devient un être pensant.
De même que dans une plaine, tous les grains de sable et tous les globules d’argile ont été roulés par le fleuve et déposés sur ses rives,
de même toute la poussière qui recouvre le globe a coulé avec le sang du cœur dans les artères de nos ancêtres.
D’âge en âge, les générations se succèdent en se modifiant peu à peu : les barbares à la figure bestiale et luttant pour la prééminence avec les animaux féroces sont remplacés par des êtres plus intelligents, auxquels l’expérience et l’étude de la nature ont enseigné l’art d’élever les animaux et de cultiver la terre; puis, de progrès en progrès, les hommes arrivent à fonder les villes, à transformer les matières premières, à échanger leurs produits, à se mettre en rapport d’une partie du monde à une autre partie; ils se civilisent, c’est-à-dire leur type s’ennoblit,
leur crâne devient plus vaste, leur pensée plus étendue, et d’un cercle de plus en plus large, les faits viennent se grouper dans leur esprit. Chaque génération qui périt est suivie par une génération différente qui, à son tour, donne l’impulsion à d’autres multitudes.
Les peuples se mêlent aux peuples comme les ruisseaux aux ruisseaux, les rivières aux rivières; tôt ou tard, ils ne formeront plus qu’une seule nation, de même que toutes les eaux d’un même bassin finissent par se confondre en un seul fleuve.
L’époque à laquelle tous ces courant humains se rejoindront n’est point encore venu : races et peuplades diverses, toujours attachées à la glèbe natale, ne se sont point reconnues comme sœurs; mais elles se rapprochent de plus en plus; chaque jour elles s’aiment davantage et, de concert, elles commencent à regarder vers un idéal commun de justice et de liberté.
Les peuples, devenus intelligents, apprendront certainement à s’associer en une fédération libre : l’humanité, jusqu’ici divisée en courants distincts, ne sera plusqu’un même fleuve, et, réunis en un seul flot, nous descendrons ensemble vers la grande mer où toutes les vies vont se perdre et se renouveler.”

Élisée reclus, histoire d’un ruisseau chapitre xx
Le cycle des eaux.